Ce soir, à l'invitation du site avant-premieres.net, j'ai pu aller assister à l'avant-première du film italien "L'ami de la famille".


C'est plutôt un film dit "d'auteur", mais c'est un film riche et émouvant, drôle aussi parfois. L'histoire d'un usurier dans une ville italienne, qui paraît au premier abord un personnage plutôt repoussant, sale et répugnant, et qui de plus exerce un métier honni mais qui est cependant nécessaire à la vie de la cité où il vit. Il exploite la misère de ceux qui recourent à ses services, ce qui le rend encore plus détestable et la réaction première de tout un chacun est de prendre instinctivement le parti de ceux et celles qu'il exploite ainsi.
Le brio du réalisateur est de nous faire prendre peu à peu conscience que la vie affective de cet homme (hétérosexuel, mais il eût pu tout aussi bien être homo) est aussi déserte et austère que la ville montrée par le film. On se rend compte que sa sphère affective n'est pas un grand vide, mais un gouffre abyssal du fond duquel il se raccroche à une caresse volée, à des regards furtifs vers les objets de ses désirs, à des tentatives désespérées pour faire la rencontre de l'être qui pourrait partager son affection, son coeur. Il en est réduit à ramasser les miettes d'amour que son métier lui permet de grappiller.
Vers la fin du film, on s'aperçoit qu'une bande de ses soit-disant amis découvre sa faille affective et réussit à le rouler en beauté en exploitant cette faille... le besoin d'amour de cet être dont tout le monde lui dit, tout en le détestant cordialement, qu'il est un coeur d'or, quelqu'un de bien finalement, malgré sa laideur et son métier jugé peu reluisant. On connait tous sûrement quelqu'un qui, sans aller jusqu'à un personnage aux traits physiques et de caractère si caricaturaux, est dans un désert et un gouffre affectif tel qu'au fond cela donne le vertige et on préfère rester superficiel, l'assurer que c'est quelqu'un de bien, de gentil, avec le coeur sur la main, etc, et qu'on ne comprend pas qu'il n'ait toujours pas trouvé quelqu'un, qu'aucune de ses relations n'aboutisse vraiment... quelqu'un dont on s'aperçoit, quand on le connaît un peu, qu'il préfère mettre sur son coeur de liège une écorce rugueuse pour ne pas trop se faire écorcher davantage le coeur...
C'est donc un film qui malgré quelques longueurs, est assez dynamique, avec des épisodes qui m'ont un peu fait penser à "Trainspotting" (là ne me demandez pas pourquoi, c'est purement subjectif!) et aussi un peu à des films de Claude Sautet.

Sur mon baladeur en rentrant du cinéma:

Il vivait en dehors des chemins forestiers,
Ce n'était nullement un arbre de métier,
Il n'avait jamais vu l'ombre d'un bûcheron,
Ce grand chêne fier sur son tronc.

Il eût connu des jours filés d'or et de soie
Sans ses proches voisins, les pires gens qui soient ;
Des roseaux mal-pensants, pas même des bambous,
S'amusant à le mettre à bout.

Du matin jusqu'au soir ces petit rejetons,
Tout juste cann' à pêch', à peine mirlitons,
Lui tournant tout autour chantaient, in extenso,
L'histoire du chêne et du roseau.

Et, bien qu'il fût en bois, les chênes, c'est courant,
La fable ne le laissait pas indifférent.
Il advint que lassé d'être en but aux lazzi,
Il se résolut à l'exi(l).

(Extrait de Le Grand Chêne de Georges Brassens)