La loi DADVSI vient de passer l'étape du Conseil Constitutionnel. Et en sort revigorée: plus de principe d'interopérabilité, sanctions durcies pour le téléchargement et la mise à disposition d'oeuvres protégées par le droit d'auteur, interdiction de contournement des mesures techniques de protection, même à des fins d'interopérabilité, etc.
En conséquence, les industries du disque et les éditeurs de logiciels propriétaires marquent des points. Sans interopérablité, les logiciels libres sont appelés à prendre un retard technologique certain. Comment l'administration française peut-elle d'une main encourager l'utilisation du logiciel libre et de l'autre le poignarder dans le dos de cette façon? Mystère.
Comment espérer réduire la fracture numérique si les logiciels libres, seul recours légal des internautes peu fortunés, sont ainsi handicapés au profit des intérêts commerciaux des éditeurs de logiciels propriétaires?
Il est évident que les mesures techniques de protection vont induire un phénomène de médias numériques qui vont devenir "périssables", car ils ne pourront plus être lus par les lecteurs numériques qui seront produits dans cinq ou dix ans. Certainement que les industriels voudront alors répondre au consommateur alors frustré de racheter, à nouveau, l'oeuvre qu'il ne peut plus lire, dans un format compatible avec son nouveau lecteur numérique (rappelez-vous, ils nous ont déjà fait le coup lors du passage du vinyl au CD, avec au passage des lacunes flagrantes dans les rééditions - nombre d'oeuvres ayant paru en vinyl n'ayant pas été rééditées en CD, sacrifiées sur l'autel de la rentabilité commerciale). Ainsi à chaque génération de lecteurs numériques, les industriels essaieront de nous faire racheter toute notre médiathèque, enfin, du moins la partie de celle-ci qu'ils auront jugé bon, pour des raisons purement commerciales et non culturelles, de rééditer.
Que peut faire le consommateur dans ce cas? Appliquer le principe de précaution, et ne pas cautionner par son achat des formats de médias numériques non pérennes, car potentiellement inutilisables dans quelques années, en raison de mesures techniques de protection qui deviendront obsolètes très rapidement.
La culture n'est pas, à mon sens, un bien commercial de consommation, elle participe à l'histoire de l'humanité, et il est de notre responsabilité de garantir aux prochaines générations l'accès à ce qui sera leur patrimoine culturel. Que dirait-on si Léonard de Vinci avait utilisé une formule chimique spéciale dans sa peinture pour la rendre invisible aux générations suivantes?